Africa Remix – Réflexion sur l’Art

Réalisation 2006-2007

Les jeunes réfléchissent sur l’art lors de la visite de l’exposition Africa Remix au Centre Georges Pompidou.

Qu’est-ce l’art ?

Oeuvre de Mounir Fatmi exposé à l'exposition Africa remix - 2005
Obstacles de Mounir Fatmi

2003-2007. obstacles pour jumping, peinture sur le mur
dimensions variables

Les barres de saut d’obstacles, appartenant initialement au monde hippique, sont des signes récurrents, matériel détourné en matériau plastique, du vocabulaire formel de mounir fatmi.
Plusieurs versions des Obstacles ont ainsi été présentées, dans des configurations contextuelles variées, comme une sorte de sculpture polymorphe. Bien droites entre leurs échelles , au sol, en équilibre précaire, brisées, les barres de saut d’obstacles permettent un jeu de construction-déconstruction ouvrant à un entrelacs de points de vue, offrant une richesse d’angles d’approche, esthétique, perceptif et physique, conceptuel, existenciel, socio-politique.

Si les Obstacles peuvent évoquer tout à la fois le ready-made, le pop ou le constructivisme, c’est qu’ils portent en eux l’affirmation d’une esthétique de la densité et de l’enchevêtrement , dans laquelle les représentations esthétiques de l’histoire de l’art s’inscrivent comme autant de partitions alphabétiques avec lesquelles joue l’artiste.
Présence à la fois massive et fragile, le contournement d’un tel obstacle révèle, comme en un objet cinétique, une réalité mobile-immobile de l’objet, un univers de formes incarnées, signifiantes et inachevées, dans lequel la matière et l’espace, l’équilibre et l’effondrement, le chaos et la faille, le triomphe et l’échec se manifestent comme les différentes faces du même objet.
Installés de telle sorte qu’ils entravent la progression physique du visiteur, les Obstacles fonctionnent alors comme un « piège ». Littéralement « obstacles », ils opposent au corps la résistance et la complexité du monde, réinvestissent la conscience du « corps propre », pour reprendre l’expression de Merleau-Ponty, matérialise le système de l’être-au-monde, entre lutte, dialogue et engagement.
Les récentes installations d’obstacles, placée à l’entrée du lieu d’exposition se veulent, explique mounir fatmi, « catalyseurs de conversation, propositions pour engager le dialogue ».

Dans cette mise à distance toujours critique, les Obstacles confirme la vision d’une humanité nécessairement inachevée, pour laquelle seul un état permanent de précarité permet de déconstruire les certitudes, une existence humaine dans laquelle la constitution de son identité, la coïncidence avec soi-même, la saisie de l’altérité, la liberté exige de s’affranchir de bien des déterminismes.
A cette question des déterminismes qu’il s’agit de dépasser, parmi lesquels ceux du contexte socio-culturel -celui de l’artiste, celui de l’étranger- se juxtapose la question, plus cruciale encore, des frontières et des nations et, pour reprendre le mot de Merleau-Ponty, tous les « déraillements de l’Histoire ».

Marie Deparis, Paris 2007

(Source : http://www.mounirfatmi.com/2installation/obstacles05.html)

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